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Visites guidées de la villa romaine di Aiano Torraccia di Chiusi - été 2016

 

Du 11 juillet au 5 août (du lundi au vendredi, de 15 à 18h), vous pouvez visiter le site archéologique d'Aiano.

Nos archéologues vous présenteront le travail de la mission de l'UCL et les découvertes des dernières années. Passez nous voir !

 

 

Les visites guidées sont disponibles dans les langues suivantes : italien, français, anglais, néerlandais, grec.

Pour plus d'informations :  Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.  o Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

 

 

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Le pavement en “mosaïque” de la salle dite «trilobée» est, parmi les nombreuses découvertes faites à Aiano-Torraccia di Chiusi, celle qui frappe le plus l’imagination. En effet, elle nous laisse entrevoir non pas uniquement le « squelette » (c’est-à-dire les murs ) de la villa comme c’est le cas le plus souvent, mais également son système décoratif. Ce pavement en “mosaïque” a donc été découvert dans la grande pièce de la villa qui s’organisait sur un plan composé de trois exèdres. Il s’agit d’un pavement en opus signinum décoré grâce à l’insertion de tesselles de mosaïque qui composent des motifs complexes, essentiellement géométriques. Ces tesselles sont de petits morceaux de pierre (peut-être calcaire) quadrangulaires de 1 cm de côté, de couleur noire et parfois blanche. Une ligne peinte suivait les motifs des mosaïques. Celle-ci était sombre, pour faire ressortir davantage les formes qui étaient réalisées sur une surface elle-même peinte en rouge. La raison de ce procédé était aussi économique puisque, grâce à lui, il fallait utiliser moins de tesselles pour faire ressortir les motifs. On a donc ici un bel exemple de l’association de la peinture et de la mosaïque. D’un point de vue chronologique, l’ensemble du pavement correspond à la seconde phase de la vie du site quand, entre la fin du IVe siècle et la première moitié du Ve siècle ap. J.-C., la salle qui possédait auparavant six absides est réorganisée pour n’en laisser que trois d’entre elles.

Malgré quelques lacunes, le pavement de la pièce peut être reconstruit avec certitude. Il peut être décomposé en différentes parties. La partie centrale est de forme rectangulaire. Elle est décorée par des motifs en forme de calice. L’espace existant entre le rectangle central et le périmètre triangulaire dessiné par les murs de la salle a été comblé par des motifs de forme rectiligne et curviligne qui étaient probablement identique à l’ouest et à l’est du rectangle central.

La seconde partie comprend les mosaïques des trois exèdres. Dans celle située au sud, qui servait d’entrée grâce à deux séries de gradins et communiquait avec une pièce située à un niveau supérieur (le vestibule), on trouve un rectangle inscrit dans un arc de cercle. Ce rectangle est lui-même composé d’octogones et de rectangles qui se répètent jusqu’aux extrémités.

L’exèdre située à l’ouest est très différente. Dans une bande en arc de cercle sont représentés des sinusoïdes entrelacées. A l’intérieur, on peut admirer le dessin d’un kantharos (un type de vase), duquel sortent des végétaux stylisés. Le haut du vase est en forme de calice, posé sur un pied triangulaire dont la base est plate. On constate ici une extrême stylisation des formes, ce qui correspond d’ailleurs à l’esthétique du pavement de toute la salle, datable de la fin du IVe-début du Ve siècle ap. J.-C.

L’exèdre à l’est est la moins bien conservée : dans le même arc de cercle, on retrouve une bande composée de ronds et de cercles alternés. Le motif qui se trouvait à l’intérieur et correspondait au kantharos de l’abside ouest n’a malheureusement pas été préservé.
Pour conclure, il faut noter que ce pavement a probablement été réalisé en suivant des modèles prédéfinis, bien qu’on puisse noter la recherche de la variété dans les différentes décorations des exèdres. De plus, la technique employée permet une réalisation rapide et au coût réduit. L’épaisseur limitée (pas plus de 5 cm) permet également de considérer la mise en oeuvre comme un signe d’une perte de savoir-faire dans ce domaine puisqu’il était auparavant habituel de réaliser le pavement avec une base plus massive. Ces différents éléments seront très utiles dans le futur pour formuler des hypothèses quant à l’identité sociale et la capacité économique des propriétaires de la villa.

Marco Cavalieri (directeur scientifique, professeur d'archéologie à l'Université Catholique de Louvain)

 

Voir aussi :  Il pavimento in cementizio della villa tardoantica di Aiano-Torraccia di Chiusi (Siena). Primi dati su decorazione musiva, tecnica esecutiva e orizzonte cronologico, Atti del XV Colloquio dell’AISCOM, Aquileia 7-4 febbraio 2009, pp. 515-526.

Le complexe architectonique mis au jour jusqu’à présent est essentiellement composé de deux bâtiments principaux, réalisés à des époques successives. Deux « pavillons » principaux d’un complexe certainement plus étendu, auxquels sont venus s’adjoindre d’autres structures au cours de la dernière période d’utilisation résidentielle, au sud-est et au nord et nord-ouest.

L’état de conservation des structures, comme du reste également des dépôts archéologiques, est en corrélation avec l’horographie du site : une pente douce qui du nord descend vers le sud en direction du torrent Fosci. Tandis que dans la zone méridionale ce sont principalement les fondations des murs de la villa qui ont été conservées, dans la zone plus au nord les travaux de labour ont été moins profonds, permettant ainsi la conservation de structures en élévation de plus d’1m20. Au caractère monumental de la villa, d’une importance architectonique considérable, s’ajoute l’extraordinaire état de conservation de ses structures, qui, en Toscane, ne peuvent être comparées qu’avec le site tout proche de Volterra. Cela fait d’Aiano-Torraccia di Chiusi un site de première importance pour initier des études typologiques sur les murs, devant servir à la constitution d’un Atlas des techniques de construction, un instrument fondamental de datation.

Le développement des constructions

Le bâtiment le plus ancien découvert à ce jour s’étend dans la zone sud-est. Il s’agit d’un édifice quadrangulaire, composé d’une série de pièces qui ont ensuite été subdivisée au cours du temps. De cette partie, nous ne conservons pratiquement que les murs de fondation, réalisées avec des pierre de travertin simplement fendues ou sommairement dégrossies, disposées sur des rangées fondamentalement horizontales et parallèles. La structure appartient génériquement à une période postérieure au IIIe siècle ap. J.-C. du fait de la présence de céramique (terra sigilita tardo italica) dans le terrain dans lequel a été creusée la fosse de fondation.

Probablement au cours du IVe siècle ap. J.-C., un projet d’extension de la villa débuta. Il prévoyait la construction d’un nouveau « pavillon » dans la zone nord. La structure réalisée au cours de cette phase est constituée d’une salle centrale à 6 absides, entourée d’un ambulatio a cinq lobes, connectée au sud par un vestibule. La nouvelle aile de la villa fut cependant seulement entamée et seuls les murs de fondation du périmètre, techniquement très semblables à ceux du premier édifice, furent réalisés.

A quelques années de distance (entre la fin du IVe et le début du Ve siècle ap. J.-C.), le projet de construction du nouveau « pavillon » fut repris, en modifiant cependant de manière substantielle le dessin original. La structure primitive à 6 absides fut transformée en une structure trilobée, où chaque abside s’alternait avec des espaces quadrangulaires, construits à la place des trois autres absides d’origine qui furent démontées, certainement pour en récupérer les matériaux. La salle centrale avait probablement une structure plus élevée et vraisemblablement voutée : trois absides alternées à autant de pièces quadrangulaires complétaient le schéma planimétrique. Au pavement décoré en opus signinum correspondaient des murs au moins recouverts de plâtre. Par rapport au projet initial de la structure à 6 absides, nous sommes certainement en face d’un projet architectonique moins ambitieux au point de vue économique mais également structurel, ce qui constitue l’indice d’un changement de l’organisation socio-économique qu’il conviendra d’éclaircir.

Après une première transformation de la destination de la structure, documentée pour la seconde moitié du Ve siècle ap. J.-C., qui amènera la villa à jouer un rôle de production, à partir du VIe siècle ap. J.-C. commence la phase d’abandon. Des écroulements progressifs, certainement dus au manque de manutention mais peut-être aussi en partie à des évènements traumatisants, conduisent à une progressive défonctionalisation des volumes et à une nouvelle organisation des espaces. Les activités de productions qui s’y installent utilisèrent les structures à moitié démolies, vraisemblablement ajustées et réorganisées en fonction des nouvelles exigences, utilisant les matériaux périssables (par exemple des structures en bois, mais peut-être aussi des murs en terre). L’unique structure en murs solides réalisée, elle aussi liées aux nouvelles activités artisanales de la villa, sera construite au sud-est, implantée sur les structures désormais pratiquement écroulées de la villa.

Nadia Montevecchi (responsable de l'étude des structures bâties)

Dans l’état actuel des recherches, des 12 000 m2 de surface estimée de l’édifice, établis sur base de prospections de différentes natures, seul un dixième de l’extension totale hypothétique a été fouillée. En particulier, les éléments suivants d’un complexe immobilier ont été mis au jour : un pavillon, composé d’une salle à plan hexagonal, avec trois côtés délimités par des exèdres (la « Salle Trilobée »), dont l’entrée est précédée d’un vestibule au travers duquel on accède à la salle centrale mais également à un ambulatio à cinq lobes qui l’entourait. Le complexe salle-ambulatio est connectée aux structures de la villa (seulement en partie fouillées) par des corridors et/ou des passages : en effet au sud de la « Salle Trilobée » on trouve un long couloir qui donne accès à l’ouest à différentes pièces rectangulaires qui communiquaient entre elles (pièce A, pièce B, pièce E), tandis qu’à l’est il donne sur un espace ouvert ; au nord, on trouve de nouveaux complexes architectoniques qui sont, pour l’heure, seulement partiellement fouillés.

L’analyse de la stratification, aussi bien celle des dépôt que celle des murs, a permis de tracer les grandes lignes des différentes périodes d : en effet, si la première phase de construction, dont témoigne seulement pour le moment la succession des pièces A, B et E, est à placer en pleine époque romaine (peut-être au Bas-Empire) ; vraisemblablement au cours du IVe siècle ap. J.-C., l’édifice subit une notable extension, avec la réalisation du complexe de la salle polylobée et de l’ambulatio, caractérisé par un espace central à 6 lobes.

Pour des raisons qui nous sont encore inconnues, cette restructuration ne fut pas terminée, mais dans le dernier quart du IVe siècle après J.-C., le projet initial est modifié : dans les zones non construites, les surfaces de vie sont surélevée avec un renfort d’argile, tandis qu’à l’intérieur des pièces, les surfaces pavées sont abaissées, exposant ainsi d’importantes portions des fondations. Dans cette phase, la salle à 6 lobes est transformée en salle trilobée (3 lobes), avec un pavement en ciment sur une base de pierres.

Cependant, peut-être pour des raisons structurelles, ou peut-être encore à cause de contingences storico-économiques plus complexes, la structure du Ve siècle abandonna sa fonction commerciale, devenant le siège de nombreux ateliers productifs (pour la production de céramique et d’objets en os et pour la récupération et le travail du verre et des métaux), dont témoignent aussi bien les structures découvertes (des fours et des fosses) que les déchets de production que les dépôts qui présentent de nombreuses traces d’une activité pyrotechnologique : entre le VIe siècle et les premières années du VIIe siècle, la villa est systématiquement dépouillée de toute sa décoration, devenant à la fois une mine de matières premières et un dépôt des résidus de production. 

Giacomo et Sofia Baldini (Directeurs techniques de la fouille archéologique de Torraccia di Chiusi)

Marco Cavalieri (directeur scientifique, professeur d'archéologie romaine à l'Université catholique de Louvain)

Durant la première moitié du IIIème siècle av. J.-C., Volterra et son territoire, qui comprend notamment le Val d’Elsa, entrent sous domination romaine. Ce n’est toutefois que bien plus tard, au Ier siècle avant notre ère, que le réel processus de romanisation se met en place dans cette région. En 90 av. J.-C., les habitants du Val d’Elsa reçoivent la citoyenneté romaine, à l’instar des autres populations alliées italiques. Quelques années plus tard, la guerre civile éclate entre Marius et Sylla, touchant Volterra. Partisane de Marius, la ville soutient en effet un long siège (82-80 av. J.-C.) et finit par se rendre. Le vainqueur impose alors de dures représailles à Volterra et à son territoire. Devenue colonie militaire, elle perd sa citoyenneté et subit des confiscations terriennes.

Cependant, une réévaluation des conséquences et de l’impact de ces faits sur la réalité économique et démographique du Val d’Elsa s’impose. Les écrits de Cicéron laissent en effet penser que les expropriations syllaniennes n’ont pas été appliquées aussi sévèrement qu’initialement prévues et les vestiges archéologiques, notamment céramiques, suggèrent que la vallée n’a pas été totalement délaissée à cette époque. Il est toutefois probable que des changements (arrivée de nouveaux colons, abandon de certains sites, réorganisation territoriale,…) dont les contours doivent encore être précisés, ont touché la région.

Un autre phénomène important marque le Ier siècle av. J.-C. : la zone côtière de l’Etrurie septentrionale concentre désormais un intérêt croissant se matérialisant notamment par l’implantation de villas et la concentration des activités économiques. Ce déplacement d’intérêt se fait au détriment de Volterra qui, isolée des trafics qui y transitaient, entame unlent déclin. Malgré ces mutations, le Val d’Elsa semble toutefois maintenir une fréquentation certaine, peut-être en se tournant vers un nouveau centre d’influence. Des traces d’occupation et d’exploitation du sol perdurent d’ailleurs dans la vallée durant toute l’époque romaine, jusqu’au Vème siècle de notre ère.

Laure Meulemans (doctorante en archéologie romaine, Université Catholique de Louvain)